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Qu'est-ce que la systémie ?

  • 4 mai
  • 8 min de lecture

Un regard sur ce que je fais — et pourquoi je le fais ainsi.



La question qu'on me pose le plus souvent

Quand je dis que je fais des constellations familiales, la plupart des gens hochent la tête poliment. Ils n'ont rien compris. Moi non plus, à leur place — c'est un mot qui ne dit rien à qui ne l'a jamais vécu.

Quand je parle d'ateliers systémiques, c'est encore plus flou. Le mot systémie n'évoque rien pour beaucoup de personnes. Et c'est précisément à cet endroit-là — dans ce flou — que je voudrais poser quelque chose de clair.


Une analogie pour commencer

Dans la nature, rien n'est isolé. Une forêt n'est pas une collection d'arbres ; c'est un système vivant qui cherche son équilibre. Un arbre seul, coupé de son milieu, ne tient pas. Et chaque arbre, dans la forêt, fait partie d'un mouvement plus vaste qui le dépasse — mais qui le porte.

Nous obéissons à la même logique. Nous ne sommes pas des individus isolés. Nous sommes l'expression d'un système — notre système familial — qui, à travers nous, cherche à se rééquilibrer.

Cette phrase est centrale, et je voudrais la poser doucement, parce qu'elle change tout. Nous ne sommes pas seulement influencés par notre famille. Nous sommes la manière dont elle se vit, dans le présent. La manière dont elle cherche, dans cette génération-ci, à se dire ce qu'elle n'a pas pu se dire avant.


Le système a une mémoire

Tout ce qui n'a pas pu être vécu complètement par celles et ceux qui nous précèdent reste actif dans la lignée.

Les deuils non faits. Les pertes d'enfants jamais nommées. Les colères ravalées. Les traumas tus. Les exclusions silencieuses. Les morts violentes dont on ne parle pas. Les amours impossibles. Les fortunes perdues qui n'ont jamais été pleurées. Tout cela — qu'on le sache ou non, qu'on en ait le récit ou non — reste présent dans le système.

Et cette mémoire ne se transmet pas seulement par l'éducation, par les histoires racontées le dimanche, par les non-dits perçus enfant. Elle se transmet plus profondément que cela. Dans les gènes. Dans les émotions qui circulent dans le corps des descendants. Dans les sensations qu'on porte sans savoir d'où elles viennent.

L'épigénétique, depuis quelques décennies, donne à ce constat une assise scientifique. Les expériences vécues par nos ancêtres laissent des traces biologiques transmissibles. Mais bien avant que la science ne le confirme, la systémie l'observait, séance après séance, depuis les années 1970.


Nous sommes au service du système

Voici un autre déplacement de perspective qu'il me semble important de poser.

Notre vie n'est pas seulement une trajectoire individuelle, faite de nos choix, de nos désirs, de nos efforts. Elle est aussi, en arrière-plan, un mouvement à l'intérieur d'un mouvement plus vaste. Tout ce que nous traversons — nos amours, nos échecs, nos répétitions, nos blocages — permet à quelque chose, dans la lignée, de chercher son équilibre.

Cela ne veut pas dire que nous n'avons pas notre propre vie. Cela veut dire que notre vie est aussi un acte d'amour à l'égard d'un système plus grand que nous. Souvent, nous portons sans le savoir ce qu'un autre n'a pas pu porter. Nous vivons à sa place ce qu'il n'a pas pu vivre et terminé. Nous payons silencieusement ce qu'il n'a pas pu solder.

Ces fidélités sont invisibles, profondes, inconscientes. Et elles sont toujours guidées par un grand amour. Nous le faisons par loyauté, par amour pour celui ou celle qui souffre, sans personne pour nous l'avoir demandé.


Ce qui demande à être reconnu cherche à être reconnu

Voici le mécanisme central, celui que la systémie observe partout, depuis quarante ans : ce qui n'a pas été vécu complètement, ce qui n'a pas été reconnu, cherche à se vivre, à travers les générations, jusqu'à être enfin vu.

Une émotion non-pleurée ne s'éteint pas. Elle attend. Elle se rejoue. Elle traverse le corps des descendants, à des âges-clés, dans des contextes apparemment sans lien, jusqu'à ce que quelqu'un, dans la lignée, accepte enfin de la regarder en face. C'est pour cela que tant d'histoires se répètent. C'est pour cela que des schémas se transmettent de mère en fille, de père en fils, parfois sur trois ou quatre générations. Ce n'est pas une fatalité. C'est un appel.

C'est aussi pour cela que beaucoup de personnes que je reçois sentent, depuis longtemps, qu'elles portent quelque chose qui ne leur appartient pas tout à fait. Une tristesse de fond. Une peur sans cause. Un blocage que la thérapie n'a pas pu défaire malgré la qualité du travail.

Ces choses ne sont pas en elles. Elles sont à un autre endroit du système. Et tant qu'on les cherche dans l'histoire personnelle, on tourne en rond.


On ne guérit pas le passé

Il y a une phrase à laquelle je tiens, et qui résume tout ce travail.

On ne guérit pas le passé. Le passé est passé.

Ce qui s'est passé s'est passé. La grand-mère qui a perdu son enfant l'a perdu. L'arrière-grand-père qui est mort à la guerre est mort. La sœur qui a été exclue de la famille a été exclue. Aucune séance, aucune thérapie, aucun rituel ne défait cela.

Mais — et c'est tout ce qui change — quand ce qui demandait à être reconnu l'est enfin, l'émotion du passé n'a plus besoin de s'exprimer à travers nous. Elle est reconnue. Elle est honorée. Elle peut se reposer.

Ce n'est pas une guérison au sens médical du terme. C'est un déplacement intérieur. Une restitution. Quelque chose qu'on portait pour quelqu'un d'autre — souvent depuis l'enfance, souvent à un coût élevé — peut enfin être rendu à sa juste place. Et la place qu'on tenait pour cet autre, on peut enfin la quitter pour reprendre la nôtre.


Ce que la systémie n'est pas

Je tiens à le préciser, parce que le mot prête à confusion.

La systémie n'est pas du chamanisme. Pas d'invocation, pas de transe, pas de croyance à adopter. C'est une approche clinique, observée et documentée depuis quatre décennies, dans la lignée du travail de Bert Hellinger.

La systémie n'est pas de la psychogénéalogie analytique. La psychogénéalogie cherche des correspondances de dates, d'âges, d'événements pour les expliquer. La systémie ne cherche pas à expliquer — elle expose, et le système se montre de lui-même.

La systémie n'est pas du jeu de rôle. Dans une séance en groupe, les représentants ne jouent pas tes parents. Ils ressentent ce qui circule entre les positions du système. Personne n'invente, personne ne mime. C'est le système qui parle à travers eux.

La systémie n'est pas une thérapie longue. Une question précise se travaille souvent en une à trois séances. Ce n'est pas un suivi régulier sur des années.

La systémie n'est pas magique. Rien ne se passe sans la présence et l'engagement de la personne qui consulte. Ce qui se déplace se déplace parce qu'on l'a regardé en pleine conscience, et parce qu'on a accepté de reconnaître ce qui demandait à l'être.


Ce qu'elle est

C'est une approche structurée qui regarde où tu es dans ton système familial, et ce que tu y portes pour le bien de tous. C'est une expérience qui se vit. Qui ne ressemble à rien de connu avant de l'avoir traversée. Et qui, après l'avoir vécue une fois, devient évidente.

Dans une séance, on commence par accueillir ta question — ce qui te préoccupe, ce que tu cherches à voir. Souvent, la vraie question n'est pas la première qui se présente, et on prend le temps de la trouver. Puis on installe ton système dans l'espace : avec des personnes en atelier de groupe, avec des figurines en séance individuelle. Tu te tiens à côté, en témoin de ton propre système. Sans scénario, sans interprétation.

Et il se passe une chose précise : ton système, exposé clairement, montre où ça coince. Une absence non reconnue. Une place tenue pour un autre. Une émotion qui n'a jamais trouvé d'adresse. C'est souvent évident une fois exposé — alors qu'aucune analyse, aucune réflexion, ne l'aurait fait surgir.

Je propose alors un geste, une parole, un déplacement. Ce n'est pas moi qui agis. C'est le système qui, exposé clairement, cherche son juste équilibre. Je suis là pour sentir ce mouvement.

Tu repars avec une sensation déposée dans le corps, plus qu'avec une analyse intellectuelle. Et dans les jours, parfois les semaines qui suivent, des choses se rangent. Sans effort. Comme si quelque chose qu'on portait depuis longtemps avait enfin été reconnu.


Ce que disent les personnes qui sortent d'une séance

Je note les phrases qui reviennent. Quatre mots reviennent presque toujours — séance après séance.

Plus légère. C'est la phrase la plus fréquente. Une charge dont on n'avait pas conscience, qu'on portait pour le système, est partie.

De la force. Pas de l'agitation, pas de l'enthousiasme. Une force calme, qui était là, recouverte par ce qu'on portait pour les autres.

À ma place. Souvent dit avec étonnement, comme si c'était nouveau. Ce n'est pas nouveau — c'est revenu.

Ancrée. Une sensation très physique, dans les jambes, dans le bassin. Le corps signale que quelque chose s'est reposé.

Aucun de ces mots n'est un mot de promesse. Ce ne sont pas des mots de transformation, d'éveil, de guérison. Ce sont des mots de retour à soi.

Parce que la systémie ne transforme pas. Elle restitue chaque chose à sa juste place. Et ce qu'elle restitue, on l'avait déjà — recouvert, simplement, par ce qu'on portait pour d'autres.


Pour qui c'est juste

Pour celles et ceux qui ont déjà fait un travail sur eux-mêmes, ou qui sont disponibles à regarder. Pour celles et ceux qui sentent qu'un thème revient avec une intensité qui dépasse leur histoire personnelle. Pour celles et ceux qui traversent un événement de vie qui les remue profondément — un deuil, une séparation, une maternité, un choix professionnel décisif. Pour celles et ceux à qui un autre thérapeute a recommandé ce travail.

Ce n'est pas le bon moment en pleine crise aiguë — psychiatrique, post-traumatique récente. La systémie demande la disponibilité à regarder, pas à survivre. La crise demande d'autres réponses d'abord, qui pourront ouvrir, plus tard, à ce travail-ci.

Et il n'y a aucune urgence. Beaucoup de personnes que je reçois ont entendu parler de la systémie pour la première fois trois ans, parfois cinq ans avant de venir. Le bon moment vient quand le système est prêt. Pas avant.


Ma vision personnelle

J'ai longtemps cherché, comme beaucoup, à comprendre ce que je vivais. J'ai fait du chemin avec d'autres approches — la parole, le corps, le souffle. Toutes m'ont apporté quelque chose. Aucune n'avait atteint la racine de certaines choses que je portais.

Quand j'ai rencontré la systémie, quelque chose s'est posé. Pas par la révélation d'une vérité cachée — par une mise en lumière de ce qui agissait depuis toujours. J'ai compris que je ne pourrais jamais aller au bout d'un travail thérapeutique en restant à l'échelle de mon histoire personnelle. Parce que ce que je portais ne s'expliquait pas par ma vie.

Aujourd'hui, ce que je propose à celles et ceux qui me consultent, c'est cette même mise en lumière. Pas un savoir à transmettre, pas une méthode à appliquer. Un espace pour regarder. Pour voir où l'on est dans son système. Pour reconnaître ce qu'on porte qui n'est pas à soi. Pour le restituer, par un geste sobre et précis, à sa juste place.

C'est un travail discret. Il ne fait pas de bruit. Il ne promet rien d'extraordinaire. Mais dans mon expérience, il déplace ce que d'autres approches n'ont pas pu déplacer — non pas parce qu'il serait meilleur, mais parce qu'il regarde ailleurs. Là où certaines choses, vraiment, se trouvent.


Pour aller plus loin

Si quelque chose, dans ce que tu viens de lire, a résonné — si plusieurs phrases t'ont touchée, ou si une seule t'a marquée d'une manière particulière — je t'invite à explorer doucement.

Tu peux télécharger mon document gratuit Reconnaître ce qui n'est pas à soi, qui présente sept indices systémiques pour reconnaître ce qu'on porte pour son système familial. Tu peux découvrir mes ateliers mensuels, qui abordent chaque mois une dimension différente de la vie — l'entreprise, le couple, la sexualité, l'hyperactivité, la réalisation professionnelle, la maladie physique... Ou tu peux prendre rendez-vous pour une séance individuelle, à Annecy ou en visio.


Quel que soit le chemin que tu choisis, il sera le bon — au bon moment.


Marie Chaumat — thérapeute intégrative, Annecy.


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